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Paris, 30 Avril '1884.
Journal officich 1: Kai 1884
Le ministre de la marine a reçu du général Millot le rapport suivant sur les opérations qui ont eu pour conséquence la prise de Bac-Ninh et la retraite de l'armée annamite et chi- noize:
Il y avait deux partis à prendre ou bien
aborder de front les défenses accumulées sur la route d'Hanoï à Bac-Nioh, en faisant de ce côté Feffort principal; ou bien tromper l'at- tente de l'ennemi, chercher à prendre ses po sitions à revers et menacer sa ligne de re- traite, en concentrant tout le corps expédi- tionnaire entre le canal des Rapides et le Song-Cau, vers leur confluent, pour faire tom- ber la place, sous l'effort combiné des deux brigades et de la flottille remontant le Song- Gay.
De ces deux solutions, la première devait fatalemententraîner de grands sacrifices d'hom. mes, la seconde semblait pouvoir être obtenue avec des pertes moindres et amener un résul- tai plus complet. --- Le général en chef n'hé- sita pas à adopter cette dernière. Il arrêta en conséquence les dispositions suivantes :
La i brigade partira d'Hanoi, passera sur la rive gauche du fleave Rouge, longera le canal des Rapides, le traversera vers le mar- che de Chi et opérera sa jonction avec la 20 brigade. Celle-ci, quittant Haï-Dzuong par eau, débarquera au confluent du Song-Cau et du canal des Rapides, s'emparera des hau teurs de Tron-Cau et de Doson, prendra à re- vers les défenses des Chinois sur le canal des Rapides et favorisera ainsi le passage de la fre brigade. La jonction du corps expedition- naire une fois réalisée sur la rive gauche du canal des Rapides, les deux brigades réunles se porteroni en avant et enlèveront successi-
vement les deux lignes de défense ennemies s'étendant, la première, du massif important du Trung-Bon an barrage de Lag Buoi; là đề- conde, de Bac-Ninh au barrage de Dap-Cau. La flottille combinera son action avec celle de la 2o brigade, en marchant à hauteur de sa droite.
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DÉTAIL DES OPÉRATIONS
Journées de 7, 8, 9, 10 et 11 mars A) 110 brigade. Le 7 mars, 3 5 heures
Les opérations dirigées contre Bak Ninh
du soir, commençait le passage de la ir bri- ont commencé le 6 mars, et, le 12, à six hen-gade sur la rive ganche du fleuve Rouge; Po- res du soir, la place ennemie était en notre pération, suspendue pendant la nuit, reprenait pouvoir.
le lendemain, dès la pointe du jour (5 heures), et, malgré des difficultés matérielles considé- rable, s'exécutait dans le plus grand ordre au moyen de soixante-quatre jonques et trois re- morqueurs. - Le 8 mars, vers huit heures du matin, la tête de colonne se mettait en mar che.
Les avis fournis par le service des rensei- gnements avaient établi d'une façon positive que l'ennemi occupait Bac-Ninh avec le gros de ses forces, avait poussé de forts détache- ments vers le Song-Cau et le canal des Rapi- des, et tenait en particulier les directions et les points suivants :
4) Route de Hanoi à Bac-Ninh, sur la quelle des travaux de défense étaient éche lonnés depuis Dinh-Ban jusqu'au canal des Rapides.
BRoute de Bac-Ninh à Phu-Thuan-Thanh, sur laquelle les points de Chi-nò et de Phu- Thuan-Thanh étaient occupés. (Le village de Chi-nè était très sérieusement organisé.)
C) Hauteur du Tron-Cau, où se trouvaient plusieurs ouvrages. — L'organisation défensive du Tron Can était complétée par les redoutes de Yen-Diah (sur le Song-Cau).
D) Route de Bac Ninh à Lang-Son, sur la quelle des retranchements existaient depuis Bac-Ninh jusqu'à Ben-Thuong (sur le Thuong- Giang).
B) Hauteur de Doson, couronnée par un pe- til fortin.
En outre, deux barrages sérieux étaient si- gualés sur le Song-Cau Lag-Buoi et à Dap-
Can.
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Le 11, à deux heures cinquante minutes de l'après-midi, quatre jours après son dépari d'Hanoi, la fe brigade suivie d'un immense con- voi de deux mille coolies était tout entièresur la rive gauche du canal des Rapides, qu'elle avait franchi au village de Xam. Le canal pro- sente en cet endroit une largeur de 90 mètres. Le passage s'était effectué en moins de 6 heures au moyen de deux canonnières, de jonques remorquées et d'un pont de bateaux rapidement assemblé par les détachements du génie et de pontonniers et dont les éléments, préparés d'avance à Hanoi, avaient été ame- nés au point de passage sous la protection des canonnières l'Eclair et la Carabine. —„La tra- versée du canal ne fut pas inquiétée par l'en- nemi, qui s'était retiré sur le Trung-Son, après avoir été chassé de ses positions plus avancées par la 2 brigade.
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s'était trouvée aux prises avec les plus graudes prise mettait sous notre canon les défenses difficultés de terrain qut se puissent imaginer. immédiates de Bac-Ninh. Elle devait à elle Cheminant sur des digues étroites, souvent seule faire tomber la place. coupées, obligés parfois à marcher en pleine rizière, officiers et soldats avaient déployé une énergie, un entrain, dignes des plus grands éloges.
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B) Marche de la re brigade. brigade, débouchant du marché de Chi, sé leva vers le nord, dans le double but de se rapprocher de la 2a brigade, et de déborder par le nord les défenses du Trung. Son,
pas le temps à la première brigade de gravir les pentes du massif et d'en chasser les dé- fenseurs.
Pendant que ces mouvements s'exécutaient, les trois compagnies de débarquement et la flottille rejataient hors de leurs positions toute la défense des ouvrages de barraga.
En présence de la débandade de l'ennemi, B) 2 brigade. La 2 brigade štait
A midi cinquante minutes, le général en
le général commandant la deuxième brigade, partie d'Haï-Dzuong, par eau, le 6, avait pris
chef lui donnait l'ordre de prendre ses dispo- voyant les progrès de la première brigade, se pied à la montagne des Sept-Pagodes (consitions de combat. Les bataillons se déployaient décidait à pouster de l'avant. Il lançait immo- fluent du Song Cau et du canal des Rapides), immédiatement, tandis que l'artillerie, traver-
diatement des troupes sur le fort et le barrage s'était emparéo le 8, avec le concours de la flot-
sant la rizière, allait prendre position et com-
de Dap-Dau. A quatre heures, la route de tille, da Tran-Cau, du fort de Naon, des ou
mençait à canonner les pentes du Trung Son, Lang-Son était interdite à l'ennemi. Le fort vrages de Yen Dinh et de la hauteur de Do-
Après une préparation qui durait près d'une de Dap-Cau était à none. C'était le plus im- son, après une série de combats vivement
heure, la première ligne d'infanterie s'ébran-portant des quaire ouvrages qui couvraient la menés. — Dès le 9 an soir, elle se moitait en
lait, soutenue par une deuxième ligne, forment ligna de retraite de l'ennemi. Sa prise entrai- communication avec la 4 brigade au moyen
réserve. - Les villages au pied des penter, d'émissaires et de la télégraphie optique. Elle
les premiers sommets du Trang Son sont en- s'établissait solidement sur les positions con-
levés avec entrain. -Sans reprendre baleias, quises, poussait des reconnaissances en avant
notre infanterie poursuit de ses feux l'ennemi de son front, et parvenait ainsi à découvrir la ligae fortifiée occupés par l'ennemi entre le qui cherche à gagner les pitons les plus éle-
vas, et ze porte bientôt en avant, pour briser Quelques coups de canon tires sur Bac Trang-Son et Lag-Basi.
la dernière résistance, sur la deuxième ligne | Ninh suffisaient à briser la dernière résis- tance, et bientôt deux bataillons d'infanterie, sans sac, se portant en avant, entraient sans coup férir dans la place. A cinq heures cin- quante minutes du soir, le drapeau français flottait sur la grande tour de la citadelle.
Journée du 12.
Le 11, à deux heures de l'après-midi, la concentration du corps expéditionnaire était un fait accompli. Le général en chef dona l'ordre suivant pour la journée du 12:
L'ennemi occupe une première ligne de dă- fense dont la droite est appuyée à la hauteur du Trong-Son, et la gauche au Song-Cau, vers le village de Val. Entre ce dernier village et celui de Lag. Buoí, un barrage ferme le fleuve. La 2a brigade partira de Doson à six heures du matin et se portera sur la ligna ennemie. I a flottilie, partant de Yen-Dinh, remontera le Song-Cau, détruira le barrage de Lag-Buci et appuiera l'attaque de la 2o brigade. La 4-- brigade quittera son cantonnement de Xım á six heures et demie du matin; elle se portera d'abord au marché de Chí, en suivant la rive gauche du canal des Rapides. Elle se dirigera ensuite sur le Trung-Son et s'en emparera.
A) Description de la position ennemie s'appuyait sur les hauteurs fortifiées de La position de l'ennemi, le 12 au matin,
Trung-Son, et au village retranché de Xuam- Hoa. En ce point la ligne se brisait vers une direction ouest-ent, pour couvrir une bouche accentuée du Song-Cau et la barrage de Lag Baoï. Ce barrage était défendu par une forte batterie bien armée et par un fortin sur la rive droite, par des redoutes étagées sur la rive gauche. Entre le village de Xuam-Hoa et le barrage existaient sept redoutes carrées.
C'est sur le Trung-Son que les Chinois avaient établi leurs principales défenses. Les sommets de ce massif étaient couronnés de quatre forts, dont les feux se concentraient sur la route d'Haï-Dzuong à Bac-Ninh qui passe à l'est de ses pentes.
Cette route était également commandée par un cinquième fort, situé au sommet d'un công isolé à l'ouest du massif. L'ennemi, aurpris par la manœuvre, qui allait placer le coron expéditionnaire sur les derrières de son sys tème de défense, avait en outre fortifié à lạ hâte les villages placés à l'est et au pied da massif.
se trouve à une altitude de plus de trois cents Le fort le plus élevé da Trung-Son
mètres. Ce massif important constituais donc la clé de la position. C'est là que Lt- Pendant les journées des 8, 9, 10 et 11, la
Vinh-Phuoc et le généralissime chinois Buang brigade s'était donc portée d'Hancï à Xam, | Qué-Lang s'étaient portés. – Le Trung Son en suivant une route parallèle au canal, Elle I commande la plaine à grande distance, Sa
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de forts. -Un bataillon d'infanterie de ma- rine, un bataillon de tirailleurs algériens, le bataillon de marins fusiliers, les tirailleurs annamites et tonquinois couronnent bientôi las crètes. L'ennemi est en fuite sur la route de Bac Ninh. - Il était quatre heures du soir. L'ennemi nous avait abandonné ses cadavres, de la poudre en grande quantité, quatre-vingt mille cartouches Remington, plusieurs étendards, une centaine d'uniformes,
des approvisionnements de toute nature.
C) Marche de la 2a brigade. La 2 brigade et la flottille avaient pour mission de s'empa- rer des villages qui s'échelonnaient depuis les dernières pentes da Trang-Son jusqu'au Song- Cau, ainsi que du barrage de Lag-Buoi.
La 20 brigade, cantonnée dans les villages, autour de ses positions de Doson, avait rompu à six heures trepte minutes du matin et pris son ordre de combat en arrière des villages formant rideau, à trois kilomètres en avant de
l'ancien fort de Doson, face à Xuam-Hoa. Les reconnaissances ayant permis de se rendre compte de la position de l'ennemi, le généra! commandant la 2a brigade s'était décidé à faire une fausse attaque sur les retranchements du barrage, et à percer la ligne ennemie à la ca-
thédrale de Keroi. Il devait ainsi enlever Xuam Hoa, et faire tomber tous les ouvrages du barrage en les débordant. A huit heures, le point de direction de marche de la brigade était donné sur la cathédrale de Kerci, et à neuf heures l'avant-garde ouvrait le feu.
Pendant cea mouvements de la 2a brigade, la flottille s'était avancée sur le Song-Cau. Elle avait pour instructions: maintenir sa tête en arrière du pavillon de rectification, porté par le corps de débarquement, qui était lui-même en échelon derrière la droite de la
2 brigade; ouvrir le feu sur la batterie et les ouvrages du barrage; ces ouvrages ruinés, diriger son feu sur les ouvrages de la rive gauche, s'avancer ensuite jusqu'au barrage et commencer aussitôt les travaux nécessaires pour obtenir un passage praticable aux canon. nières et aux jonques. — A onze heures, nos premières troupes avaient pénétré dans Keroï et Xuam-Hoa, -L'ennemi inquiet de la mar« che de la 1 brigade sur Trung-Son, vigou- renzement attaqué par la 2a brigade, se re- plialt en désordre vers la route de Bac Ninh qui allait devenir dangereuse pour lui, après la prise de Trung-Son. I ne donnait même
nait l'évacuation successive de toas les au- tres. L'ennemi, débandě, était en pleine dé- route et ses fuyards se dirigeaient par un dé- tour sur les rontes de Lang-Son et de Thaï. Nguyen.
L'ennemi, qui complait 25 à 30,000 hom- mes, s'était enfui en laissant en notre pou- voir une place où il avait accumulé depuis plusieurs mois des défenses, sérieuses, où il avait envoyé ses meilleures troupes et ses
chefs les plus renommés, devaut laquelle en- fin il s'était vanté d'arrêter l'élan de nos troupes.
It nous abandonnait une centaine de ca- nons, une batterie Krupp, quantité de fusils ze chargeant par la culasse, des munitions (poudre et cartouches), et enfin de nombreux étendards. It a appris à ses dépens que l'armée française a conservé ses qualités manten vrières et que nos soldats sont restés fidèles à la tradition de leurs devanciers.
Pendant ces six journées de fatigues et de combats, aucune défaillance ne s'est manifes- tee. Officiers, soldass et marina ont moniré un entrain, un dévouement, usa ônergie, une sûreté de manteavre vraiment remarqua-!
bles.
Un rapport détaillé sur la poursuite de l'en- nemi dans la direction de Lang-Son et de Thai-Nguyen sera envoyé ultérieurement.
Au quartier général, à Hanoi, le 21 mars 1884.
Général MILLOT.
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